Bas-relief syrien du
dieu guerrier Baal (Musée du Louvre).
[Photo: Erich Lessing/Magnum]
AGGIORNAMENTO POUT LA PSYCHANALYSE
[ Accueil ] [ Présentation ] [ Introduction ] [ Nous contacter ] [ Réagir ]
REAL VITAL NONI
Bas-relief syrien du
dieu guerrier Baal (Musée du Louvre).
[Photo: Erich Lessing/Magnum]
       Elisabeth GODART
     Jean-Pierre BENARD


 AUX FILS DE LA PENSEE
   Nous vous invitons à nous faire part de vos remarques dans cette rubrique ou dans les suivantes. Pour de plus amples développements utiliser notre mail : aggiornamentopsy@orange.fr
Réagir à ce message
 

 Tiercité.
   En deçà de la forme que prennent les différents mythes fondateurs, ce qui fait position tierce n’est pas tout d’abord quelqu’un. Cette tiercité résulte avant tout de ce qu’aucun signifiant ne se signifie lui-même. Ce qui implique qu’il n’existe pas de discours, qu’il soit tenu par une mère ou un père, qui ne puisse ouvrir sur autre chose. Cette autre chose désigne proprement la place singulière que peut occuper un sujet dans le cadre de ce qui le fonde, voire hors de ce cadre.
Réagir à ce message
 

 Autorité parentale
   Avec l'avènement de la notion d'autorité parentale partagée, est abolie la suprématie paternelle quant à l'autorité dans le même temps que la femme-mère est promue à une place de responsabilité potentiellement égale à celle de l'homme. Il ne s'agit pas seulement d'une modification des rapports juridiques au sein de la famille, mais d'une nouvelle forme de famille.
Réagir à ce message
 

 Renonciation fondatrice
   La renonciation fondatrice est cette opération instable qui ordonne le cadre à l’intérieur duquel le sujet puise les ressources de ses relations fondamentales. Elle délimite tel type d’organisation sociale comme résidence subjective. Celle-ci et pas une autre. Ladite castration est une des formes de renonciation fondatrice qui trouve sa légitimité singulière dans ce type de champ social orienté par l’option familialiste de type freudien.
Réagir à ce message
 

 Règles matrimoniales
   Le mythe d’Œdipe, autrement plus complexe que ce à quoi Freud l’a réduit, n’est qu’une des manières de présenter ce qu’il peut en être de la diversité des formes d’attachement pour les relations qui s’en déduisent. Autres choses sont les règles matrimoniales que toutes les sociétés ont instaurées sur la base d’un hétéros diversement organisé au rang desquels figure l’interdit de l’inceste.
Réagir à ce message
 

 Mythe oedipien
   Le mythe œdipien freudien n’est pas un fait développemental, il n’est pas sexuel mais sexué, genré. Sa présentation masque que ce mythe freudien est métonymique de toute une conception du champ social et du monde.
+  Réaction de Verso le 07-02-2007
 Lorsque nous mettons en avant l'enfant, le primitif, l'animal ou le passé archéologique ainsi que le patient, et ceci comme un fait d'observation de psychologie de base, afin d'affirmer une théorie en l'appuyant sur ces « origines », nous affirmons dans cette opération notre représentation que nous généralisons et que nous cherchons ainsi à justifier. L'origine de la théorie est dans l'idée que nous nous faisons du corps humain conçu comme partie de la philosophie, et non dans le corps humain comme il est fait. En quelque sorte la véritable origine, pour l'humain, procède de l'image telle qu'elle nous apparaît, lorsque nous considérons le champ obscur et inconnu du primate du primitif de la Préhistoire ou de l'enfant.
Réagir à ce message
 

 Double culpabilité originelle
   Nous devons nous interroger sur la congruence entre le mythe freudien et le dogme chrétien où la dialectique du sujet est d’abord ordonnée par une culpabilité fondatrice. Pour Freud, tout sujet est ce qui résulte d’une pensée doublement criminelle à l’égard de la mère et du père et dont le sujet ne serait pas sans savoir la dimension fautive au regard d’une loi dument introjectée. Il en résulte que la problématique symptomatique d’un sujet est essentiellement considérée comme un fait intrasubjectif dont il est quasiment le seul responsable.
Réagir à ce message
 

 Entrecroisement
   L’humain dans sa dimension relationnelle, existentielle, est fait de ce qu’il reçoit ET de ce qu’il est capable d’en faire. La clinique psychanalytique n’a de sens qu’à l’aune de ces deux conditions complexes.
+  Réaction de Didon le 07-05-2007
 « Aggiornamento » est d’actualité en cette journée d’après élection… et pas qu’au parti socialiste ! Certes il y a du ménage à faire dans nos croyances et nos idéologies. La rencontre avec le réel est « toujours ratée » … enfin plus ou moins ! Mais votre menu est particulièrement copieux.
Réagir à ce message
 

 Deuxième naissance
   La question est posée de savoir comment s’organise la deuxième naissance du sujet, celle qui l’ordonne dans tel mythe familial et communautaire, et avec laquelle se constituera ce qui fera Autre référentiel pour lui. Pas le même pour chacun. C’est en ce point que commence la clinique. Voir plus bas sur le même thème un développement.
Réagir à ce message
 

 Limites
   Rien ne permet de conclure que l’humain féminin serait incapable de signifier une limite, de même que rien n’indique que l’humain masculin excellerait nécessairement dans ce domaine. Croire l’inverse ne résulte que d’une intime conviction dont les fondements s’enracinent dans quelque mythe pris pour un réel. Le spectacle du monde montre à l’envi combien la notion de limite est terriblement vacillante, elle ne constitue manifestement pas l’essence du mâle dominant, pas plus que celle d’autres genres.
+  Réaction de Roussel MJ le 02-03-2007
 Le corps de la femme reste quand même le lieu où se projette une profondeur "abyssale". Comment restaurer du féminin pour une fonction symbolique de responsabilité ? Je n’ai pas encore lu votre travail, donc cela reste à voir. Il y a, il faut le dire, une question lisible dans bien des textes : des qualités que l’on présentent comme "physiologiques" sont promues au rang de qualités psychologiques et en tant que telles, par la suite, indexées à de l’inférieur.
+  Réaction de LES AUTEURS le 07-03-2007
 Le glissement de propriétés supposées biologiques vers ce que serait l'essence du féminin ( ou du masculin...) est un problème théorique et clinique majeur qui constitue l'un des axes de notre travail. Problème aggravé par la référence à une tradition qui, comme telle, aurait une valeur de vérité absolue.
Réagir à ce message
 

 Personne
   Tout texte fondateur, qu’il soit oral ou écrit, suppose un Locuteur. La Constitution, Elle dit… Grand Autre virtuel avec lequel s’organisent ces croyances auxquelles personne n’échappe. Les religions opèrent par un passage au réel de cette instance virtuelle qui est Personne. En quoi elles dé-lirent.
Réagir à ce message
 

 Divinités
   Les humains sont-ils responsables de leurs dieux ?
+  Réaction de H.M. M le 15-02-2007
 Bien sûr que oui ! Mais pourquoi la psychanalyse pâtit-elle de cet effondrement des idéologies? Sa crédibilité semble s’être effondrée pour des raisons, tant internes (stérilité de l’invention, orthodoxies), qu’externes (nouveaux paradigmes en sciences humaines, mutations culturelles des rapports sociaux), ainsi que des réfutations historiques et épistémologiques de certaines des thèses de ses fondateurs... Mais quid de la clinique ?
+  Réaction de Réponse des auteurs le 17-02-2007
 Dès lors qu’il est indémontrable que le sujet du familialisme patriarcal soit le seul sujet possible, nous devons réévaluer la signification du processus mythogénétique humain lui-même sous ses multiples facettes culturelles. La clinique ne peut plus s’effectuer à la seule lumière de la version freudienne ou lacanienne du sujet et la fonction de l’analyste dans les différentes formes de cures s’en trouve elle-même modifiée. Il n’y a pas lieu qu’il se manifeste comme le représentant académique de quelque dogmatisme que cela soit. Les moteurs de cette avancée sont effectivement représentés par la critique externe, et par la nécessaire critique interne qui reste à faire.
Réagir à ce message
 

 LE CONCEPT DE DEUXIEME NAISSANCE
   Les remises en cause de Lacan dans ses derniers séminaires ouvrent une nouvelle réflexion sur les fondements même du champ théorique de la psychanalyse, c’est là le point de départ de notre travail. Distinguons l'existence d'un certain nombre de processus inconscients que Freud a découverts tels que le transfert, la répétition, la dénégation, le refoulement, le déplacement, la forclusion, etc., et, par ailleurs, la théorie du sujet. Pour dire les choses simplement, la notion de sujet concerne cette dynamique relationnelle qui doit permettre à un nouveau-né d'assumer, plus tard, une place d'adulte dans la communauté où il a vu le jour. Dans l'optique freudienne, le développement d'un enfant est fondamentalement lié à une certaine structure familiale composée nécessairement d'une femme et d'un homme avec une répartition spécifique des rôles. Elle s’appuie sur une hiérarchisation sexuée fondatrice. Nous pensons que cette famille freudienne répond à la norme en vigueur au XIXe siècle que les historiens désignent sous le nom de : familialisme patriarcal. Poser ainsi la question du sujet nécessite de réinterroger nos assises théoriques pour ses conséquences cliniques. Le point majeur est le suivant : si le familialisme patriarcal constitue la base structurale et universelle pour le devenir humain, alors la théorie du sujet freudien se présente comme un réel irréductible. Par contre, s'il est démontrable que cette typologie est une parmi d'autres alors sa dimension de réel référentiel chute et nous avons alors à faire à un des dispositifs organisationnel de la relation, un possible parmi d’autres, là où existe dans le monde humain une grande diversité dans les façons de faire lien social et de transmettre la culture. Mais souligner ainsi les variations n’évacue pas pour autant qu’existent des régularités qui se présentent comme des invariants. Par exemple, il n’existe pas de société humaine qui ne fonctionne pas sans un corpus textuel qu’il soit oral ou écrit, qui donne sens à la vie et organise les places et les pouvoirs de chacun. C’est ce que nous nommons prothèse mythique en ce qu’elle vient suppléer au déficit instinctuel de l’humain tout en lui permettant, grâce au langage, un autre mode de transmission et de stockage des apprentissages et des acquisitions. Pour parler comme Althusser, nous dirions que le mythe, comme seule super structure réside dans le fait qu’existe cette matrice mythogénétique capable avec le langage de fabriquer de l’imaginaire symbolisable, condition même de l'humanité. C’est avec cette capacité que l’humain va créer cette instance, ce principe supérieur que la psychanalyse nomme grand Autre et que les religions place sous les auspices d'une multitude de divinités. C'est de cette instance que le sujet va faire dépendre sa destinée et à laquelle il va plus ou moins croire qu’il doit obéissance et respect. Qu’est ce qui a amené l’humain partout, mais sous des formes différentes, et en fonction d’un formulisme mutant comme dirait Jacques Dournes, c'est-à-dire avec des variations, des déformations, des métissages, des ajouts autour de régularités, à créer cette instance ? Sans doute ce processus est-il lié à l'apparition du phénomène langagier. Chez l’humain la transmission, de type culturelle, est en quelque sorte exo-corporelle même si elle marque le corps. C’est cette transmission non génétique, même si elle est dans ses fondements génétiquement ordonnée, qui rend certaines sociétés si flexibles, mouvantes. Ce sont les ouvertures que permet le langage qui font la différence majeure entre les sociétés humaines et les sociétés des grands singes. Dans ces dernières l’absence d'appareil langagier limite de beaucoup la capacité de stockage et surtout de mémorisation et d'intégration de concepts, c'est-à-dire l’accumulation de visions du monde transmissibles comme le sont les mythes fondateurs auxquels appartiennent les religions. Ce que nous avons appelé prothèse mythique résulte du processus mythogénétique, c'est-à-dire d'un processus physiologique de fabrication de mythes fondateurs qui est propre à ce que nous appelons : humain. Ce processus mythogénétique n'a pas vraiment été identifié comme tel car jusqu'à présent car la causalité humaine a été pensée selon deux extrêmes, soit en réduisant l’humain à son corps et une série de possibilités comportementales directement liées à son patrimoine génétique, soit en en faisant le produit d'une transcendance divine excluant par-là que l'humain ait pu être l'inventeur de cette transcendance. Nous sommes confrontés à une conception strictement matérialiste d’un coté et de l'autre à une conception spiritualiste ou magique. Mais dans les deux cas nous avons affaire à des visions du monde, de l’humain, et de l’humain dans le monde qui dépendent de la nouveauté évolutive que représente sa capacité réflexive liée au langage, capacité de se penser, de se représenter et de symboliser, de théoriser en fabriquant des vérités…. relatives ou éternelles. La prothèse mythique, nécessité irréductible du vivant humain, résulte de ce que nous avons nommé processus mythogénétique qui se situe au carrefour entre matérialisme et spiritualisme. Il renvoie à la deuxième naissance. A quel âge un enfant entre-t-il, pour lui-même, dans le cadre de cette deuxième naissance ? Tout d’abord il faut préciser que cette entrée est diversement préparée par l’ensemble de ce que l’on appelle les interactions précoces avec le nouveau-né. Elles constituent les fondations neuropsychologiques sur lesquelles se construit l’identité signifiante de l’enfant. La nomination est une chose, un enfant d’un an sait que l’énoncé de son prénom le concerne lui. Mais ce n’est pas encore une identité signifiante. Ce même prénom prendra peu à peu une toute autre valeur à partir de l’entrée plénière de l’enfant dans le langage et avec ce langage dans toutes les fonctions relationnelles que celui-ci permet. L’enfant va alors commencer à appartenir à un réseau à l’intérieur duquel son prénom ne se contente plus de le nommer mais aussi de lui assigner une place particulière par rapport aux différents cercles de ses proches ainsi qu'avec les personnes étrangères au groupe familial. Ce réseau relationnel institue un ordre familial, parental et social à l’intérieur duquel l’identité du sujet devra subir progressivement un certain nombre de mutations pour le conduire à une place d’adulte capable d’assumer cette place dans le champ social qui est le sien. Le sujet se constitue ainsi avec ce qu'il reçoit et ce qu'il est capable d'en faire. Cette élaboration renvoie à ce que nous nommons : processus mythogénétique. Autrement dit, et pour l’enfant, sa deuxième naissance est corrélative du processus mythogénétique avec lequel se construisent : et sa représentation du monde, et sa place dans cette représentation. Nous sommes là au cœur de tout ce qui va alimenter la clinique psychanalytique. Nous sommes d’une manière constante confrontés à des situations complexes qui s’organisent pour chaque sujet avec ce qu’il a reçu comme place dans le mythe socio-familial qui l’a fait naître, de quelque culture qu'il s'agisse et ce qu’il en aura fait dans l’élaboration de son propre mythe individuel. En résumé : le changement de paradigme auquel nous contraint la notion de mythes, au pluriel, ne nous autorise plus à nous servir d’un mythe particulier pour interpréter tous les autres, démarche qualifiée d'ethnocentrique. Un mythe fondateur n'est pas quelque chose que l'humain fabriquerait en plus. C'est une construction vitale, langagièrement et juridiquement ordonnée qui donne existence et sens à l'humain. Nous devons considérer que l’indispensable processus mythogénétique qui affecte le genre humain est corrélatif de la deuxième naissance comme effet de cette chose mystérieuse que nous nommons évolution des espèces, tel un réel bien énigmatique. Dans la mesure où tous les mythes s’auto définissent par l'entremise de ce que l'on appelle : grand Autre, ils sont toujours vrais, tautologiques. Tous les mythes sont donc vrais. Ils définissent autant de réalités qui sont autant d'interprétations du réel qui, lui, ne dit rien. La conséquence de l’existence d’une interface mythique chez tout humain, implique que nous sommes tous des croyants en la vérité délivrée par nos propres mythes. Vérité complexe car les mythes individuels, comme les mythes communautaires, se constituent à partir de l’enchevêtrement, de l’hybridation, des éléments mythiques des environnements socio-familiaux. Du coup, il ne nous est plus possible, comme analystes, de nous en tenir à un unique système référentiel normatif. Il s’agira, par exemple, de rendre accessible au sujet tout le champ des prescriptions et des proscriptions transmises qui règle son mythe individuel et conditionne ses croyances à la base de ses élans affectifs et désirants. Car derrière l’affect qui nous fait éprouver comme vraies nos certitudes, restent masquées les processus de transmission et de transformations insues. Entre le domaine des prescriptions et proscriptions d’une part, et d’autre part leur compréhension, leur intégration, leurs remaniements, se situent des mécanismes de refoulement et autres mécanismes inconscients tels que Freud les a conceptualisés. Par exemple, un sujet peut avoir effacé certaines prescriptions avec des arguments conscients qui masquent d'autres motifs, ou, à l'inverse, un sujet peut avoir censuré des incohérences dans le discours transmis qui ne vaudraient que comme des détails non significatifs, et ceci afin de ne pas troubler l'ordre dans lequel il est pourtant inconfortablement installé. La parole inconsciente, parole qui échappe à la perception renvoie à ce que Lacan énonçait du sujet qui reçoit du grand Autre son propre message sous une forme inversée, sous l'effet d'une parole silencieuse. Autrement dit, je ne puis me dire tel que je crois être, que parce j’en ai reçu, sans le savoir, cette évidence du grand Autre. Ce grand Autre qui parle silencieusement le texte insu, est une instance virtuelle, c’est Personne avec un P majuscule que le sujet aura constitué avec ce qu'il aura reçu du premier cercle de ses proches selon l'axe de cette alchimie complexe que nous nommons : processus mythogénétique. C'est l'existence de cette instance, proche de ce que Freud nommait Surmoi, qui donne parfois au sujet la fausse perception d'une présence, qu'il y a là quelqu'Un, ce quelqu'Un qui se présente comme l'Auteur avec un A majuscule, sans lequel, quoiqu'il en soit, il n'y aurait pas eu deuxième naissance. C’est avec une mythologie comparée, et non plus avec le seul mythe freudien, que nous pourrons alors concevoir les fonctions communes à tous les mythes, celles d’articuler : réel du corps, organisation symbolique du langage et imaginaire du sens. Pour en donner un exemple des plus importants dans la clinique, prenons la notion de famille, les nominations de père et de mère. Ils ne renvoient pas aux mêmes connotations selon les époques et les lieux. Par ailleurs une même terminologie viendra masquer la diversité des références sociétales et individuelles ainsi que leur fonctionnement. Si toutes les cultures font une place à la fonction parentale, son effectivité elle, sera variable d’un groupe à l’autre en termes d’autorité ou encore en termes de garde d’enfant lors des séparations. Tout comme la survenue d’un enfant de sexe féminin sera diversement accueilli selon les cultures : fêtée dans des sociétés andines bien plus qu’en Inde. Disons que la pièce qui se joue dans les théâtres communautaires n’attribue pas les mêmes rôles à chacun des sexes. Les erreurs de Freud furent de deux ordres, d'une part d'avoir fondée son anthropologie sur une dichotomie préhistorique : nature/culture, où la nature représentait la mère en tant qu'instance oedipianisante mortifère et le père la fonction vitale culturelle juridiquement humanisante. Rien de tel n'est démontrable. La deuxième erreur consiste à avoir confondu deux choses : le principe patriarcal comme principe supposé premier d'une part, avec d'autre part l'un des mythes comme application possible de ce principe pour lequel le principe est son point de verrouillage c'est-à-dire le mythe familialiste du XIXe siècle. Pour Freud, il n'existait qu'une seule version possible du mythe patriarcal produisant ainsi une impasse quant à la multiplicité et diversité des versions possibles. En fait, le principe patriarcal, principe supposé premier, n'est en tant que tel qu'un pur principe de pouvoir sexué, mâle transmissible et qui, en tant que tel, ne dit absolument rien quant à son contenu, ou plutôt rien quant à la multiplicité de ses contenus possibles et auxquels nous sommes confrontés dans la clinique et dans le social. Ce qui signifie que les dysfonctionnements observés ne relèvent pas nécessairement d’un non respect du commandement premier de tel mythe fondateur, de son principe de fermeture, mais le plus souvent de la manière dont fonctionnent les prescriptions et proscriptions qui l’accompagnent et auxquels, en fait, le principe premier lui-même appartient. C'est le processus mythogénétique qui est à l'origine de cette diversité. La psychanalyse n'est ainsi pas la pratique qui devrait reconduire le sujet dans le droit d'un principe unique qui n'existe pas, mais la pratique qui remet au travail le processus mythogénétique de chaque sujet là où ce sujet se trouve pris au piège dans le champ de ses identifications, et quelque soit le mythe auquel il appartient. Nous sommes régulièrement confrontés à des butées, à ce que nous nommons des fractures d'accompagnement, qui peuvent concerner chacune des étapes qu’un sujet doit franchir pour accéder à l'une des places aimables et désirantes que tel mythe lui propose. C’est une question cruciale qui se pose souvent d’une manière explosive au moment de l’adolescence ou chez le jeune presque adulte confronté à l’impossibilité de se concevoir un devenir avec effondrement de l'identité factice qui l'avait tenu hors de l'eau jusqu'alors. Quelle place peut occuper l'analyste dans ces franchissements non accomplis, et pour quelle direction ? La dialectique des mutations identitaires est au cœur de la pratique analytique. La dynamique de l’équivoque demeure un point central de nos interventions, non par rapport à la référence normative phallique qu’elle contiendrait, mais relativement à la possibilité qu’elle offre pour un sujet, et pas à n’importe quel moment de la cure, de recomposer son élan identitaire, tel un acte de recréation. Ajoutons que toute inscription dans tel mythe implique un fait de renonciation fondatrice. Dans le mythe familialiste, la renonciation fondatrice, que l'on appelle dans ce mythe : castration, est articulée au complexe d'oedipe. D'une manière générale, le phénomène de renonciation fondatrice enjoint au sujet de n'être que ce qu'il lui est prescrit d'être et rien d'autre. Cette renonciation est articulée aux points de verrouillage des mythes qui sont toujours, dans le même temps, des possibles points de déverrouillage, pour autre chose. C'est avec ces points que s'organisent la possibilité de fermeture ou d'ouverture des composantes identificatoires du sujet. Le malêtre qui conduit quelqu’un en analyse est toujours en relation avec la problématique identitaire : Qui suis-je pour ce qui s’est établi pour moi comme grand Autre ? Qu’en résulte-t-il quant à la manière dont je peux aimer et être aimé, désirer et être désiré ? M'inscrire dans le champ social et à quelle place ? Ce sont des questions de cet ordre qui assiègent l’analysant et qui concerne l’identification qui l’anime secrètement le conduisant dans sa vie de relation, mais avec quels petits autres, dans quels buts, au voisinage de quelle mort ?
Réagir à ce message
 


© 2006 Camyo